Jean-François Champollion n'a que sept ans lorsque Bonaparte mène la campagne d'Egypte (1798-1801).
Durant tout l'Empire, l'égyptomanie est alors omniprésente en France.
Ce n'est que bien après sa découverte de 1822 que Champollion va enfin concrétiser son rêve d'expédition sur la terre des Pharaons.
En 1826, alors conservateur des Antiquités égyptiennes du musée Charles X (futur musée du Louvre), il monte le projet d'une expédition franco-toscane en Egypte avec son disciple, l'architecte Rosellini.
Il s'agit de visiter tous les monuments antiques de style égyptien, copier les inscriptions et dessiner les bas reliefs. Mais il prévoit aussi l'achat d'objets pour les collections royales. Charles X lui donne son accord en 1828.
Ses assistants sont le dessinateur Nestor l'Hôte, les peintres Duchesne, Lehoux et Bertin (élèves du peintre Gros). L'équipe toscane est dirigée par Rosellini. Elle comprend un dessinateur, Cherubini, un dessinateur et médecin, Ricci, le naturaliste Raddi et le peintre Angelelli.
Après s'être initiés aux hiéroglyphes durant la traversée, ils débarquent à Alexandrie en août 1828. Comme beaucoup de voyageurs européens, les membres du groupe s'habillent à l'orientale. Barbu, le teint bistre, Jean-François adopte très vite les mœurs locales : langue, sieste, café, narguilé.
Voir le tableau de G. Angelelli : "L'expédition franco-toscane parmi les ruines de Thèbes", conservé au Musée archéologique de Florence.
Pendant quasiment un an et demi, l'équipe travaille d'arrache-pied dans des conditions parfois très dures. Dessiner, lire, dater, décrire, voilà l'essentiel des occupations.
Chaque site fait l'objet d'une étude minutieuse. Abou Simbel, Thèbes, Karnak... jusqu'à la deuxième cataracte qui constitue le point extrême atteint en Nubie.
C'est un temps d'extrême bonheur pour Champollion. Ses lettres reflètent ainsi l'émerveillement, l'enthousiasme passionné de son immersion dans l'Egypte antique.
"Là m'apparut tout la magnificence pharaonique,
tout ce que les hommes ont imaginé et exécuté de plus grand.
[...] Nous ne sommes en Europe que des lilliputiens!"
A propos de Karnak, lettre à son frère, 24 novembre 1828
Ce voyage a surtout pour but essentiel de confirmer sa découverte. A chaque nouvelle inscription lue, le savant vérifie la justesse de son déchiffrement, l'ultime confirmation de sa démonstration.
Grâce à ce travail, Champollion peut ainsi établir la chronologie des temples et monuments funéraires et redonner vie à l'histoire des pharaons.
"Je suis fier maintenant que, ayant suivi le cours du Nil
depuis son embouchure jusque à la seconde cataracte,
j'ai le droit de vous annoncer qu'il n'y a rien à modifier
dans notre Lettre sur l'alphabet des hiéroglyphes."
Jean-François à 38 ans, lettre à Dacier, 1829.
Jean-François Champollion fonde ainsi une nouvelle discipline : l'égyptologie.
De sa collecte en Egypte, il élabore un dictionnaire et une grammaire qui complètent ses travaux et démontrent l'efficacité de sa méthode. Au cours de sa courte carrière, il étudie aussi la religion et les arts. Il publie un "Panthéon égyptien" et un recueil des "Monuments d'Egypte et de la Nubie".